Il définissait ainsi le médecin:

«Un homme que l'on paye pour conter des fariboles dans la chambre d'un malade jusqu'à ce que la nature l'ait guéri, ou que les remèdes l'aient tué.»

L'Amour médecin est la première pièce dans laquelle Molière a donné libre cours à sa verve satirique et antimédicale.

Afin de rendre ses plaisanteries plus agréables et en même temps plus acerbes, plus piquantes, dans l'interprétation de cette pièce, qui fut d'abord représentée devant le roi, l'auteur y joua les premiers médecins de la cour avec des masques qui ressemblaient aux personnages qu'il avait en vue.

Il fallait que Molière eût un rude courage ... et une bien grande confiance dans la protectionnelle amitié de Louis XIV!

J'ai retrouvé cette même audace chez un certain préfet du département de la Gironde, qui, à l'époque où l'on allait jouer Rabagas au théâtre Français de Bordeaux, fit venir le principal interprète de cette pièce et lui «ordonna» de se faire la tête exacte du héros de Sardou. Comme on le voit, ce magistrat réactionnaire se moquait complètement de sa destitution.

Mais quittons le XIXe siècle pour revenir au XVIIe.

Les médecins mis en scène, s'appelaient de Fourgerais, Esprit, Guénaut et d'Aquin—rien de Saint-Thomas—et comme Molière voulait déguiser leur nom (c'était bien le moins) il pria l'auteur du Lutrin de leur en confectionner de convenables.

Boileau en composa en effet, qui étaient tirés du grec et qui désignaient le caractère de chacun de ces messieurs.