» Sur une ligne de chemin de fer:
» Le train s'arrête. Un employé annonce la station d'une voix enrouée et de façon inintelligible.
»—Parlez donc plus clairement, lui dit un voyageur, on n'entend pas un mot de ce que vous dites.
» L'employé, se retournant:
»—Faudrait-il pas vous f... des ténors pour 90 francs par mois».
Cette spirituelle repartie n'est pas absolument nouvelle et, sans accuser cet honnête et probablement illettré employé de plagiat, sans le traiter comme Uchard traite Sardou, je me permettrai de lui dire, peut-être même de lui apprendre, qu'en répondant ainsi au susdit voyageur, il ne faisait que parodier une phrase jetée du haut de la scène de l'Opéra par un acteur en courroux, au dix-septième siècle!
C'est, en effet, en 1696 que la scène se passa.
On jouait sur la première scène lyrique ... de l'époque, Ariane et Bacchus, tragédie-opéra, avec un prologue, dont les paroles étaient de Saint-Jean et la musique de Marais.
Au cours des représentations de cette œuvre lyrique, l'acteur qui jouait un des principaux personnages tomba malade. Obligé pour le remplacer de prendre une doublure, le directeur s'adressa à un de ces chanteurs subalternes, accoutumés à être sifflés, lorsqu'ils veulent sortir de leur étroite sphère.
Ce cabot (dirait-on, aujourd'hui) était chargé à l'improviste de représenter un personnage royal.