EUSÃBE FLORVILLE.
(Je m'appelle Maclou, mais je signe Florville pour des raisons de famille qu'il serait trop long de vous expliquer.)
P.-S.—Ah! mettez mon avant-scène au nom de Florville.
Passons à un autre.
Monsieur le secrétaire,
Dès ma plus tendre enfance, ce que les poètes appelleraient ma prime jeunesse, j'ai montré un goût très prononcé pour l'art dramatique. Mes parents, qui ne voulaient pas que je fusse saltimbanque, me mirent à l'école des frères, mais, malgré les excellentes leçons que je reçus dans cet établissement illaïque, je n'appris rien du tout. Ma très vive intelligence ne comprenait pas aisément le calcul; l'histoire et la géographie étaient trop arides pour elle et toujours, mon esprit se montrait rétif à la connaissance de la grammaire.
Je n'eus qu'un seul succès à la pension. Un succès d'acteur (déjà !) dans une pièce que nous jouâmes, à la fin de l'année, à l'occasion de la distribution des prix. A un moment donné, je devais imiter le cri de l'âne, dans la coulisse et je m'acquittai de cette tâche avec un naturel si parfait, qu'on me fit bisser. L'auteur me conduisit alors sur la scène, en me montrant au public et me fit ce compliment, que je n'oublierai jamais de ma vie: Un âne et vous, il n'y a pas de différence!»
Ma carrière était donc au théâtre. Je n'ai pas le temps de vous raconter tous mes engagements; tant pis pour vous! car, c'est extrêmement curieux de voir par quelles phases, j'ai passé, et, comment je suis arrivé à me faire cette situation que l'Europe artiste m'envie, à l'heure qu'il est.
Bref, car, je vois que le courrier s'avance, devant jouer, le mois prochain, le rôle de Flip dans «Mâchoire d'âne», je ne serais pas fâché de voir comment le tient ce garçon que vous avez engagé.
Ce n'est pas pour en faire mon profit, certes, mais il faut tout voir.