Pour faire trêve à cette émotion générale, une partie de l'auditoire demanda sur l'air des Lampions: Pâtissier! Pâtissier! Alors, sans se faire attendre, parut la frimousse éveillée d'un marmiton de chez Julien, vrai pâtissier de féerie. Ce jeune éphèbe, gâte-sauce par état et baryton par goût, entra donc «dans le rond» et entonna d'une voix fraîche les Blés d'or.

Cette romance sentimentale—genre Debailleul—parut être du goût général, car, à l'annonce de ce titre estival, un murmure approbateur courut dans l'auditoire et le refrain fut repris par le public avec un ensemble qu'on eût cru conduit par Danbé. Rappels et bis ne firent point défaut à cet émule de Maurel-Vatel.

Au pâtissier lyrique succéda un petit chasseur de chez Champeaux, qui vint à son tour monologuer avec le Monsieur qui a un tic; son succès a dû lui faire des jaloux....

La bise commençait à souffler, je partis sans prendre de contre-marque imaginaire.


Mais, tout en marchant, je songeais à ce bizarre concert en plein vent. Bien curieuse, en effet, cette salle de spectacle dont le plafond est le grand ciel bleu, où Phœbé sert de lustre, les réverbères de herses, les bancs verts de fauteuils d'orchestre, et où la Bourse elle même, ce monument si sévère dans la journée, ne craint pas de se rabaisser en tenant lieu, la nuit venue, de toile de fond, et où enfin, en fait d'étoiles, il n'y a que celles qui brillent au firmament!

Ce qui donne encore une note bien originale à ce décor, ce sont les deux statues de Pradier et Petitot. (La Fortune et l'Abondance) qui, du haut de leur piédestal, contemplent maternellement cette tentative bien digne de louanges: la propagation de l'amour de l'art!

Ah! c'est bien là , le vrai, le seul théâtre populaire ... ou je ne m'y connais pas.

Et quel bon public que celui qui est là !

Gobeur en diable, il a ses préférés; il fait des entrées aux «forts» et parfois, lorsque l'enthousiasme est à son comble, il jette des sous que s'arrachent ... les loueuses de chaises qui prêtent gratis leurs sièges.