Tiens, pour te donner une idée de l'imagination de mon spirituel mari, écoute comment le mâtin s'y est pris pour arriver à ses fins, c'est-à -dire à me conquérir, selon sa propre expression.

Ayant appris la piété de mes bons parents et sachant que l'on n'accorderait ma main, qu'à un homme possédant des principes religieux, Gaston suivit régulièrement les offices de Saint-Philippe du Roule ... et précisément aux-mêmes heures que moi ... ce que c'est que le hasard!

Cela m'étonnait bien un peu de la part de ce mondain, mais je le savais résolu à tout pour m'obtenir!

Désirant voir jusqu'où irait son amour pour moi, je lui demandai de se confesser, lui promettant que s'il me donnait cette dernière preuve de dévouement, nous n'aurions plus qu'à choisir le jour de la demande en mariage.

Ce fut avec infiniment de périphrases que j'abordai ce sujet délicat; je tremblais fort, tu te l'imagines, redoutant la cruauté d'un vilain refus; enfin, appelant à moi tout mon courage, j'abordai un soir cette terrible question.

Ma demande formulée, te dire que Gaston l'accueillit avec un enthousiasme indescriptible, serait peut-être exagéré, mais enfin, il fit contre fortune bon cœur et me demanda deux jours pour réfléchir.

Les quarante-huit heures écoulées, la réponse fut affirmative.

Je te laisse à deviner ma joie.

C'est pour demain matin, me dit, un samedi soir, en nous quittant, mon fiancé, à onze heures, à Saint-Thomas d'Aquin. Je m'étonnai bien un peu de ce changement de paroisse, mais il ne fallait pas non plus se montrer trop exigeante et imposer une église plutôt qu'une autre: le principal pour moi était qu'il se confessât.

Le lendemain, parvenue non sans peine, à décider mes parents à sortir de leurs habitudes, en venant suivre la messe dans une autre chapelle que la leur, je les conduisis tout naturellement à Saint-Thomas, à l'heure que Gaston m'avait fixée.