On se lève, Rigodon s'apprête à offrir son bras à une dame; las! le malheureux garçon, c'est Prunier qui le prend: il le guettait, l'infâme!
—J'espère que vous me ferez aussi l'amitié d'accepter mon hospitalité. J'ai une charmante chambre à votre disposition; vous serez là comme chez vous; les Prunier ne sont pas gênants; vous aurez votre clef, vous sortirez quand vous voudrez, vous rentrerez à votre heure. Venez dîner le samedi à cinq heures et demie et repartez le lundi après déjeuner. Nous nous amuserons, allez! C'est entendu, hein? Je compte sur vous. A samedi!
Rigodon n'en revenait pas.
Comment, cet homme qu'il ne connaissait pas, qui même, tout à l'heure avait été impoli envers lui, se montrait familier au point de lui offrir chambre et nourriture à la campagne? C'est prodigieux!
—Bah! je veux bien, se dit Rigodon, voilà mes dimanches assurés. Ãa tombe à pic; Amélie va précisément passer tous les dimanches chez son père!
Et le samedi suivant, Rigodon prenait le train à Saint-Lazare et débarquait à Poussière-sur-Seine, où Prunier l'attendait à la gare.
Alors seulement, Alfred eut une idée du paradis.
Arrivés à la villa Garibaldi (on n'a jamais pu savoir pourquoi ce buen-retiro bourgeois portait le nom du général italien), Prunier se rua sur notre ami en lui criant:
—Asseyez-vous.