A peine entrée, Pallas aperçut Pétru dont le plastron se détachait clairement au fond de la baignoire obscure. Un instant saisie, elle reprit bientôt ses sens et joua dès lors tout son rôle pour lui.

Ah! que de passion dans ses scènes d'amour, que de câlineries félines dans ses tirades de tendresse. Ses camarades en étaient stupéfaits! Jamais Pallas n'avait donné comme ce soir-là .

Lorsqu'au milieu du troisième acte elle adresse une déclaration des plus brûlantes à Sangor, le jeune premier qui l'a arrachée des mains des corsaires, ce n'est plus à l'artiste, son partenaire, qu'elle parle, non, c'est à lui, l'être aimé, qui ne s'en doute peut-être pas.

O puissance irrésistible de l'amour!

Elle n'a vu que le portrait de cet homme, il y a six mois, mais cela lui a suffi pour ne plus l'oublier.

Merci, blond Cupidon! tu l'as prise en pitié en envoyant ce soir, au théâtre, cet inconnu qui marquera peut-être dans l'existence de la comédienne.

Pétru, ayant remarqué le mouvement de Pallas à sa vue, et ne voulant pas demeurer en reste avec elle, prie l'ouvreuse de porter à l'actrice un bouquet gigantesque avec sa carte de visite, sur laquelle ces mots:

«Où et quand puis-je vous voir?»

A la rigueur, puis-je vous voir eût pu être supprimé; mais il fallait être correct avant tout, au moins pour la première fois.

Quelques instants après, la femme aux rubans roses arrive, mystérieuse, et dit en souriant: