Dans la journée, notre homme va hors ville, chercher dans les terrains vagues de la bonne terre à peloter; le soir, à table, il met dans sa poche tous les morceaux de gruyère qu'il aperçoit, excellent appât pour le chevesne et le barbillon.
Rentré à l'hôtel à minuit, il se fait réveiller à deux heures (quelle conscience!), se dirige vers le pont en question et tend ses lignes au milieu de l'obscurité la plus profonde, mais quel n'est pas son abrutissement lorsqu'à quatre heures, à la clarté de l'aube naissante, il s'aperçoit qu'il pêchait depuis deux heures dans une rivière sèche!
Du reste, il est inouï: n'a-t-il pas profité un jour du moment où son train stoppait sur un viaduc pour tendre sa ligne par la portière du wagon!
A part ça, il serait parfait, quoique possesseur d'un tic assommant, celui de faire porter à tout le monde sa bonne terre à peloter dans un sac ad hoc (il est tellement encombré par ses engins, qu'il faut bien l'aider).
L'acteur atteint de péchomanie conserve même au théâtre ses douces habitudes; oui, c'est plus fort que lui, le soir, si, en jouant, un de ses camarades se trompe, il le repêche.
LE PAPERASSIER
Le paperassier, c'est Groval.
Il adore Paris; aussi veut-il absolument être au courant de tout ce qui se passe dans la capitale pendant son absence, et dévore-t-il les feuilles publiques afin de ne pas cesser «d'être dans le train» comme s'il n'y était pas assez!
Dès qu'on arrive dans une ville, Groval demande immédiatement à l'employé qui lui prend son ticket: