LE SAC DE GÃRONTE
A F. ROUVIER.
Ce distique monumental a été commis par l'immortel Boileau et rebondira de générations en générations, en compagnie d'une foule de grandes vérités ejusdem farinœ.
C'est Géronte qui se fourre dans le sac, ainsi que chacun sait, mais il faut bien que la poésie conserve quelque licence, même sous la plume du plus pédagogue des poètes.
Or, que ce soit le maître ou le valet qui se dissimule sous la toile de ce très vulgaire récipient, il est évident que, pour jouer les Fourberies de Scapin, un sac de dimensions énormes est indispensable.
Nous avions monté, entre camarades, une représentation à Rouen, au théâtre Français, et devions précisément jouer, le soir, la pièce susdite, lorsque, dans la journée, je m'avisai que nous n'étions pas pourvus de cet accessoire indispensable. En province, on a toujours des difficultés inouïes à se procurer ces choses insignifiantes par elles-mêmes, mais dont l'absence rend impossibles de certaines scènes.
—Assure-toi du sac, dis-je à mon ami Barral, qui remplissait le rôle de Géronte.
—Oh! un sac! Il n'y a pas à s'en préoccuper, me répondit-il, ce sera bien le diable si, à Rouen, où on a sûrement joué les Fourberies plus d'une fois, il ne s'en trouve pas un.
—Oui ... mais on nous donnera peut-être un sac trop petit pour t'enfermer complètement, tu es plus grand que le commun des mortels.