—Voyons, ce n'est pas sérieux, ce que tu me dis là .

—Parfaitement. Et, tiens, puisque tu n'es pas convaincu, écoute et suis mon raisonnement:

La foule m'énerve, ce soir, on s'étouffera; tu sais quel mal je me donne pour collectionner dix pièces de vingt sous et tu n'ignores pas que pour tenir tête aux assauts nombreux des jeunes bouquetières, aux sollicitations pressantes, des marchandes de programmes, cigares, etc., il faut pouvoir posséder une certaine quantité de ces petits papiers bleus dont la Banque a seule le monopole. De plus je suis extrêmement fatigué et tu trouveras bon....

—Non, non, non, mille fois non. Je viendrai te prendre à dix heures, nous irons y passer un moment, et nous rentrerons bien gentiment nous coucher chacun chez nous. Allons, c'est entendu, tu acceptes?

—Ah! que le diable t'emporte! je m'étais juré de ne pas sortir ce soir.... Eh bien, oui, là ! j'irai, mais à une condition sine qua non. C'est que nous n'y resterons pas plus tard que minuit et que tu ne m'obligeras pas à danser la moindre polka?

—Soit!


A dix heures précises, Jules arrivait sous les armes, claque et camélia compris.

Vingt minutes après, nous descendions de voiture devant le perron de l'hôtel de madame de Saint-Girieix.

Lanternes vénitiennes, plantes rares, orchestre Desgranges, sibylle, petits chevaux, rochers factices au milieu desquels serpentait un filet d'eau coloré en vert par un continuel feu de bengale invisible; bref, rien ne manquait.