Pour elle, une tarte à la crème était un attrait irrésistible et le baba juteux lui eût fait commettre des bassesses. Malheureusement, madame C... ne se contentait pas d'engloutir brioches, éclairs et madeleines; non, sa faim difficilement mais à la longue assouvie, à l'instar de la prévoyante fourmi, elle faisait des provisions pour les repas suivants; aussi ne voulant pas laisser échapper une si belle occasion, notre chanteuse bourrait-elle ses poches de massepains, meringues et échaudés! Ses voisins de table, camarades de théâtre, avaient beau lui dire, à l'oreille:
—Voyons, madame C..., un peu de tenue, on vous observe, vous savez combien notre profession est décriée? Eh bien! ne donnez donc pas ainsi prise aux mauvaises langues.
Ah! bien oui, les tartelettes sucrées et les choux débordant de crèmes étaient là , devant ses yeux éblouis, attractifs comme des aimants, et lui faisaient tourner la tête.
Aussi M-S ... jura-t-il de la punir de son excès de gloutonnerie.
A la voix du chambellan, M-S ... revint à lui et, déclinant l'honneur qu'on lui faisait en l'invitant à chanter, s'excusa en ces termes:
—Mon Dieu, messieurs, je suis très sensible au plaisir que vous me faites en me demandant quelque chose, et je vous en remercie bien sincèrement, mais quand j'ai soupé, il m'est impossible d'émettre le moindre son.
—Alors, fais-nous quelques tours d'escamotage, hasarda le baryton.
Et comme les gentilshommes paraissaient étonnés de cette demande, on leur apprit que M-S. était un excellent prestidigitateur qui eût rendu des points au célèbre professeur Bosco lui-même!