Que mes lectrices se rassurent: Je n'ai pas un caractère irascible et emporté; au contraire, on veut bien me trouver bénin et doux, à rendre des points à un mouton ... fût-il de Panurge.
Cependant il y a des moments où, sans être comme certain violoncelliste qui défend même de tousser pendant qu'il opère ... on ne peut s'empêcher de ... jugez plutôt.
Le concert qu'on organise à Athis-Mons a lieu sur l'unique place du village.
On dresse une de ces immenses tentes qui ont enrichi Pinard et Voisin (je demande pardon à Voisin de le mettre derrière Pinard) et c'est là -dessous que chanteurs, instrumentistes, comédiens ou monologuistes débitent à tour de rôle leur produit. Comme je vous l'ai déjà dit, le concert a lieu à l'occasion de la fête du pays, c'est assez dire que chevaux de bois, tirs au pistolet, grandes roues à loterie, massacres des innocents, passe-boules, tourniquets ... rien ne manque; et, comme la tente est adossée à l'Eglise (d'aucuns s'habillent dans la sacristie)—avec l'horloge, c'est complet!!!
Aussi l'on comprendra qu'avec l'air du Chapeau de la Marguerite, moulu par l'orgue des chevaux de bois, les pif, paf, pan, pan, pan du tir au pistolet, les dzing, dzing de la plaque de tôle servant de palais à l'énorme bouche qui rit (jeu, qu'on désigne, sous le nom de passe-boule, si je ne m'abuse), les grrirrirri des roues et de tourniquets, les sifflets de la locomotive qui passe non loin de là et surtout, oh! surtout, les dig, ding, don, dig, ding, don! de cette satanée horloge qui sonne tout, quarts, demies, trois-quarts et répète même l'heure à cinq ... il y a de quoi devenir fou à lier!
Du reste, je vais essayer de vous traduire l'effet que produit une poésie dite aux concerts d'Athis-Mons.
Le récitateur entre, il annonce:
Aimé pour lui-même, poésie de Aug. Erhard.
A ce moment, l'air du P'tit bleu, joué à tour de bras par les chevaux de bois, couvre la voix de l'artiste et prive le public du nom de l'auteur.
L'interprète, d'abord étonné, reprend: