Personne ne pouvait mieux sentir combien il importait, dans l'intérêt des progrès du disciple, de respecter les lois de l'entendement humain en établissant les rapports soit des signes avec les idées, soit des signes entre eux.
De nos jours, il paraît reconnu universellement, ou peu s'en faut, que, dans l'application de ce principe si fécond, le langage des gestes et une langue parlée quelconque ne peuvent se nuire en rien, quoiqu'en apparence l'un et l'autre ne doivent guère s'accorder, du moins pour la construction.
Ce sujet aurait besoin d'être traité plus au long, mais, à notre avis, il doit suffire d'avoir jeté en passant une distinction entre les signes méthodiques et les signes naturels au milieu d'une simple notice qui ne comporterait d'ailleurs pas une si aride discussion.
Au surplus, nous ne saurions assez insister pour mettre dans l'esprit de tous qu'on n'est sûr d'arriver à une parfaite connaissance de la mimique que par un usage journalier et par une rare habileté à découvrir tout ce qui se passe dans l'âme des sourds-muets.
L'abbé Sicard avait pris l'idée de sa théorie des signes dans le Dictionnaire[10], que son célèbre prédécesseur avait calqué, sauf quelques légers changements, sur l'Abrégé de Richelet, corrigé par de Wailly, travail que la mort vint interrompre au moment où il allait le mettre au jour. Résolu de le poursuivre et s'imaginant être en mesure de le perfectionner, il avait divisé son nouvel ouvrage en plusieurs séries: les objets physiques, les adjectifs, les noms abstraits, etc.
S'agissait-il de dicter le mot arbre, il faisait à son élève trois signes: le premier représentant un objet enfoncé dans les terres; le second, la croissance et l'élévation progressive de cet objet; le troisième, les branches qui naissent du tronc et que le vent agite.
Était-il question du mot professeur, il lui fallait:
1º les signes d'une salle publique ou particulière, d'un collége, d'un lycée, d'une institution;
2º Les signes de la grammaire, logique, métaphysique, langues, arithmétique, géographie, géométrie, etc.;
3º Il figurait l'action de rassembler des jeunes gens, de leur parler et de les enseigner publiquement.