Notre célèbre instituteur ne se borna pas là, il fit insérer, le 15 mars 1821, la lettre suivante dans le Moniteur:

«Au rédacteur,

«Les parents de quelques-uns de mes élèves, ayant appris que je me proposais de me démettre de la direction de l'établissement des sourds-muets, et m'en ayant témoigné d'avance leurs regrets; je vous prie de les rassurer en insérant la présente lettre dans votre journal.

«Je n'ai jamais eu ni la pensée ni le désir qu'il me fût permis de donner ma démission. Je suis assez français pour que la mort seule puisse m'arracher à mon poste. D'ailleurs, le modèle que j'ai eu est trop beau, et j'ai fait, jusqu'à ce jour, trop d'efforts dans le but de marcher sur ses traces, pour ne pas l'imiter jusqu'au bout. L'immortel abbé de l'Épée n'abandonna ses enfants d'adoption qu'au moment marqué par la Providence.

«Je me suis toujours proposé d'agir de même; c'est pourquoi j'espère qu'on me le permettra, et que personne ne le trouvera mauvais.

«J'ai l'honneur d'être, etc.

«L'abbé SICARD.»

Enfin l'admirable instituteur, sentant sa fin venir, écrivit la lettre qui suit à l'abbé Gondelin, qui joignait aux fonctions de deuxième instituteur de l'école de Bordeaux, celle de supérieur des Missions étrangères:

«Mon cher confrère, près de mourir, je vous lègue mes chers enfants; je lègue leurs âmes à votre religion, leurs corps à vos soins, leurs facultés intellectuelles à vos lumières. Promettez-moi de remplir cette noble tâche, et je mourrai tranquille.»

Le 10 mai 1822, il terminait, en effet, à l'âge de quatre-vingts ans, une vie consacrée tout entière à la religion, à la bienfaisance, à l'étude des lettres et à la pratique de toutes les vertus.