Cet excellent travail, accompagné de planches, forme deux volumes contenant l'un des modèles d'exercices, l'autre des explications. L'auteur a regretté de se voir réduit à une partie de l'étude de la langue, se rattachant à l'enseignement grammatical, au lieu d'offrir, comme il l'aurait voulu, un cours complet d'instruction à l'usage des familles et des instituteurs, mais un ouvrage aussi étendu aurait exigé des frais énormes.
On n'en doit pas moins féliciter Bébian d'avoir si bien réussi à simplifier la méthode et à la rendre assez facile pour qu'une mère puisse apprendre à lire à un enfant sourd-muet comme elle enseigne aux autres à parler, conformément au vœu émis par de Gérando dans un autre ouvrage: des Signes et de l'Art de penser, t. IV. page 485.
L'abbé Sicard à été l'objet de plus d'un hommage en vers, indépendamment du quatrain, reproduit plus haut de M. de Fontanes, qui se trouve au bas du portrait du célèbre instituteur, gravé par Gaucher, d'après le dessin de Jauffret. Nous mettons sous les yeux du lecteur trois autres hommages en vers, pris au hasard.
| Ce portrait représente un sage, |
| Dont le talent modeste et précieux |
| Sut donner au geste un langage |
| Et prêter une oreille aux yeux. |
| AUTEUR INCONNU. |
| Son art enfanta des merveilles; |
| Du sourd il ouvrit les oreilles; |
| Le muet se fit admirer. |
| O méchant! Cesse ton murmure. |
| Vois! tous les torts de la nature, |
| Un homme a su les réparer. |
| AIMÉ MARTIN. |
| SURDOS FECIT AUDIRE ET MUTOS LOQUI. |
| S. Luc. |
| Toi, dont le ciel aux malheureux prospère, |
| Pour les consoler a fait choix, |
| Explique-moi, cher abbé, ce mystère: |
| D'où vient, lorsqu'au muet ton talent rend la voix, |
| Je ne puis qu'écouter, admirer et me taire? |
| L'ABBÉ DOUMEAU. |
| (Mercure de France du 15 mai 1790). |
Parmi les artistes qui, de leur côté, lui ont payé leur tribut, nommons avec orgueil le sourd-muet Aubert, collaborateur, pendant de longues années, du célèbre Desnoyers, qui a gravé son portrait; le sourd-muet Peyson, élève d'Hersent et de Léon Cogniet, à qui M. de Montalivet, intendant général de la maison du roi Louis-Philippe, commanda, à notre prière, le portrait de ce bienfaiteur de l'humanité, qui figure honorablement au musée historique de Versailles.
Dans la suite, le même sourd-muet fit don de son grand et beau tableau, représentant les derniers moments de l'abbé de l'Épée à la chapelle de l'Institution de Paris où on le voit encore.