Le moment du carnage approche. Sicard va aller rejoindre ses camarades qui ont été conduits la veille dans la geôle. On fait avancer six fiacres; ils attendent vingt-quatre prisonniers. Marivaux l'ayant fait monter le premier s'asseoit à la deuxième place, un autre à la troisième. Labranche occupe la quatrième, deux autres montent ensuite. Les voilà six dans le premier véhicule. Les autres remplissent les cinq derniers.

Les voitures marchent au milieu des imprécations d'une populace aveuglément furieuse qui veut faire justice de ceux qu'elle appelle ses ennemis. Les soldats qui les escortent accablent, de leur côté, d'injures les malheureux qu'elles emportent, assénant des coups de sabres et de piques à plusieurs d'entre eux. Les compagnons de l'instituteur des Sourds-Muets se jettent généreusement au devant des coups qui lui sont destinés.

On arrive par le Pont-Neuf, la rue Dauphine, et par le carrefour Bucy à l'Abbaye, dont la cour est envahie par la cruelle curiosité de la foule. Les satellites ont ordre de commencer par la première voiture. Les malheureux qui s'y trouvaient cherchent à s'échapper, mais trois sont immolés; un en est quitte pour un coup de sabre[5].

Les égorgeurs se jettent sur la seconde voiture, s'imaginant qu'il n'y a plus personne dans la première.

Revenu d'une stupeur dont rien ne paraissait plus pouvoir le tirer, l'abbé Sicard se précipite dans les bras des membres du Comité.

«Ah! citoyens, leur dit-il, sauvez un malheureux!»

Sa prière est repoussée. Il était perdu si, heureusement, l'un d'eux ne l'eût reconnu.

«Ah! s'écria-t-il, c'est Sicard! Comment es-tu là? Nous te sauverons aussi longtemps que nous pourrons.»

Alors il pénètre dans la salle du Comité de la section des Quatre-Nations où il eût été en sûreté avec le seul de ses camarades qui s'était sauvé. Mais il est trahi par une femme qui court le dénoncer aux égorgeurs.

CHAPITRE IV.