«Au mois de juin, nous eûmes à la séance publique Jérôme Bonaparte et Eugène, beau-fils du premier Consul. On me fit la question suivante: «Quel est le plus intéressant des êtres de la nature?»—Je répondis: «C'est le soleil.»
«Au mois de décembre, un prince russe nous invita, l'abbé Sicard et moi, à dîner chez lui. Il me fit la question suivante: «Que pensez-vous de Bonaparte?»—Je lui répondis: «Je pense que Bonaparte peut être comparé à Jules César et à Alexandre, et que c'est le plus habile des généraux: il est véritablement roi sous le titre de premier Consul et l'instrument du peuple.»
«Il me demanda: «A quoi peut-on comparer le son?»—Je répondis: «Quoique je n'en aie aucune idée à cause de ma surdité, je crois pouvoir le comparer à la couleur rouge.»
L'aveugle Saunderson, de son côté, comparait la couleur rouge au bruit de la trompette.
«Au mois de février 1805, nous eûmes, aux exercices, sa Sainteté le pape Pie VII qui me fit demander «ce que c'est que l'enfer.»—Je répondis: «L'enfer est le supplice éternel des méchants; un déluge de feu qui ne finit pas, et dont Dieu se sert pour punir ceux qui meurent en l'outrageant.»
«Au mois de janvier 1815, nous eûmes la visite de la duchesse d'Angoulême. Elle me fit demander ce que je pensais de la musique.—Je lui répondis: «Quoique je sois dans l'impossibilité de l'apprendre, je crois que c'est l'art de recueillir les sons par le flux et le reflux, d'en faire un bouquet pour affecter agréablement les oreilles vivantes. Les miennes sont mortes; mes yeux les remplacent pour apprendre.»
C'est en 1808 que le premier travail de Jean Massieu sortit de l'imprimerie de l'Institution des sourds-muets. En voici le titre:
Nomenclature ou tableau général des noms, des adjectifs énonciatifs, actifs et passifs et des autres mots de la langue française, selon l'ordre des besoins usuels et selon le degré d'intérêt des objets et de leurs qualités, dans leur classification naturelle et analytique, en français et en anglais; avec l'alphabet gravé des sourds-muets.
Dès le principe, l'auteur n'avait eu d'autre intention que de mettre en ordre, pour son usage personnel, la nomenclature des noms des objets répandus dans la nature, de ceux des arts, des diverses fonctions, des usages des hommes réunis en société, ainsi que les mots employés à exprimer toutes les idées qui servent à modifier les êtres et les choses. Aux élèves qui le désiraient il distribuait son manuscrit par petits cahiers à mesure qu'il le rédigeait. Depuis, il fut sollicité non-seulement de l'augmenter, mais de le faire imprimer avec la traduction anglaise en regard.
Nous ne devons ni ne pouvons le dissimuler, cet essai pèche par trop de détails inutiles, outre que l'ordonnance n'en est pas bien entendue.