«Lorsqu'un ménage est dépourvu de toutes ressources et se trouve dans l'état misérable que vous esquissez, je n'hésiterais pas à déclarer que pour lui le vol est autorisé;

«1° Parce que ce ménage n'a rencontré partout que des refus au lieu de secours.

«2° Parce que ce serait un plus grand crime d'occasionner la mort de l'homme et celle de sa femme et de ses enfants que de prendre à quelqu'un le superflu.

«3° Parce que leur dessein de voler est bon et que l'acte lui-même devient une nécessité inévitable.

«J'ai même la conviction qu'on ne trouverait aucun tribunal qui, en pareille occurrence, n'acquitterait un voleur, si la vérité des circonstances était constatée. Les liens de la société sont basés sur des services réciproques; mais lorsque cette société se compose d'hommes sans pitié, toute obligation est rompue et on revient à l'état primitif, où le droit du plus fort prime tout.»

On ne pourrait le dire plus clairement.

Et pourtant tous les tribunaux continuent de nos jours à condamner en pareilles circonstances.

Le tant exalté cardinal Manning a dit: «La nécessité ne connaît pas de loi et l'homme qui a faim a un droit naturel sur une partie du pain de son voisin.»

C'est toujours la même thèse, et nous constatons que tous, en théorie, sont d'accord: Si vous demandez du travail et qu'on le refuse, vous demanderez du pain; si on vous refuse du travail et du pain, eh bien! vous avez le droit de prendre du pain.

Car, il y a un droit qui s'élève au-dessus de tous les autres: c'est le droit à la vie.—Primum vivere (vivre d'abord) est un vieux précepte.