Et quelle que soit la dénomination que l'on applique à la chose, elle reste la même… Le «commerçant en marchandises» ne sera content que s'il «gagne» 40 à 50%, le commerçant en argent est considéré comme un usurier s'il demande 10%. Pourquoi? Le sucre et le café diffèrent-ils, comme marchandise, de l'argent et de l'or? Jamais on n'a su fixer les limites du bénéfice acceptable, c'est-à-dire la rente et l'usure. Tout bénéfice est en réalité un vol et que ce soit 1 ou 50%, le principe reste intact. La possibilité de payer un bénéfice prouve que, d'une manière ou d'une autre, on a volé sur le travail; car, si le travail avait reçu le salaire lui revenant, il ne resterait plus rien pour payer un bénéfice.

Toutes les lois contre l'usure furent et sont inefficaces, car toujours on a su éviter leurs effets. Il n'existe aucun argument pour défendre l'honnêteté du commerce et condamner la flibusterie; entre les deux il y a qu'une différence relative. Le commerce actuel n'est en réalité que de la flibusterie.

Je crois même que les flibustiers jouent un certain rôle dans la démolition de la société actuelle, car ils aident à supprimer le crédit et fournissent par là un moyen de rendre instable et impossible la propriété privée.

Le faux-monnayage est puni de peines excessivement dures. Pourquoi? Parce que les États veulent conserver le monopole du faux-monnayage. En réalité, tous les États fabriquent actuellement de la fausse monnaie, sans parler des rois de jadis qui, tous, étaient de faux-monnayeurs.

Que font les gouvernements?

Ils frappent des pièces de monnaie indiquant une valeur de 5 francs et pourtant la valeur réelle est d'un peu moins de la moitié. La pièce n'a pas sa valeur et nous sommes forcés quand même de l'accepter pour la valeur qu'elle mentionne. Qu'un particulier agisse comme le gouvernement, qu'il achète de l'argent et le convertisse en argent monnayé, de manière à bénéficier de la moitié, il sera poursuivi comme faux monnayeur.

Un journal hebdomadaire, De Amsterdammer, publia l'année passée une gravure assez curieuse, représentant le ministre de la justice assis à une table; à l'avant-plan, se débattant entre les mains de deux policiers un économiste réputé, M. Pierson, ministre des finances.

Voici la légende de la gravure:

M. PIERSON.—Laissez-moi, je suis le représentant de l'État néerlandais.

LES POLICIERS.—Ta, ta, ta! Ce gaillard se trouve à la tête d'une bande qui émet des florins ne valant que 47 cents.