«La social-démocratie se trouve envers tous les partis précédents, pour autant qu'ils obtinrent la suprématie, dans une tout autre position. Elle aspire à remplacer la manière de produire capitaliste par la manière socialiste et est forcée conséquemment de prendre un tout autre chemin que tous les partis précédents, pour obtenir la suprématie.»
Voilà pourquoi l'on conseille de prendre la route parlementaire, suivie déjà par tous les autres partis, en la faisant passer peut-être par un tout autre chemin.
Singer le comprit également lorsqu'il disait à Erfurt[14]:
«En supposant même qu'il soit possible d'obtenir quelque chose de sensé par l'action parlementaire, cette action conduirait à l'affaiblissement du parti, parce qu'elle n'est possible qu'avec la coopération d'autres partis.»
Isolément, les députés social-démocratiques ne peuvent rien faire, et «un parti révolutionnaire doit être préservé de toute espèce de politique qui n'est possible qu'avec l'assistance d'autres partis.» Qu'ont-ils donc à faire dans un Parlement pareil?
Le Züricher Socialdemokrat écrivait en 1883:
«En général, le parlementarisme ne possède en soi rien qui puisse être considéré sympathiquement par un démocrate, et surtout par un démocrate conséquent, c'est-à-dire un social-démocrate. Au contraire, pour lui il est antidémocratique parce qu'il signifie le gouvernement d'une classe: de la bourgeoisie notamment.»
Et plus tard on affirme que «la lutte contre le parlementarisme n'est pas révolutionnaire, mais réactionnaire».
C'est-à-dire tout à fait l'inverse.
Le danger d'affaiblissement était apparent et si le gouvernement n'avait eu la gentillesse de troubler cet état de choses par la loi contre les socialistes,—s'il y avait eu un véritable homme d'État à la tête, il n'aurait pas poursuivi, mais laissé faire la social-démocratie,—qui sait où nous en serions maintenant? Avec beaucoup de justesse, le journal pré-mentionné écrivait en 1881: