«Suppression de l'article 2102 du Code civil, donnant au propriétaire un privilège sur la récolte;
«Suppression de la saisie-brandon, c'est-à-dire des récoltes sur pied; constitution pour le cultivateur d'une réserve insaisissable, comprenant les instruments aratoires, le fumier et les têtes de bétail indispensables à l'exercice de son métier;
«Révision du cadastre et, en attendant la réalisation générale de cette mesure, révision parcellaire pour les communes;
«Cours gratuits d'agronomie et champs d'expérimentations agricoles[45].»
Et ensuite il écrit: «On voit que les demandes en faveur des paysans ne vont pas loin. Une partie en a déjà été réalisée ailleurs. Des tribunaux d'arbitrage pour les métayers seront organisés d'après le modèle irlandais. Des associations coopératives de paysans existent déjà dans les provinces rhénanes. La révision du cadastre, souhait de tous les libéraux et même des bureaucrates, est constamment remise en question dans toute l'Europe occidentale. Toutes les autres clauses pourraient aussi bien être réalisées sans porter la moindre atteinte à la société bourgeoise existante.»
C'est la caractéristique du programme.
Et pourquoi?
«Avec ce programme, le parti a si bien réussi auprès des paysans dans les contrées les plus diverses de la France,—l'appétit vient en mangeant!—que l'on fut tenté d'encore mieux l'assaisonner au goût des paysans. On se rendit très bien compte du dangereux terrain où on allait s'engager. Comment alors venir en aide au paysan, non en sa qualité de futur prolétaire mais en tant que paysan-propriétaire actuel, sans renier les principes du programme socialiste général?»
À cette question on répondit en faisant précéder le programme par une série de considérations théoriques, tout comme l'avaient fait les socialistes allemands, belges et hollandais. Oui, certes, tous nous avons commis cette erreur, et, pour notre part, nous en faisons très franchement l'aveu. Tous nous avons eu un programme contenant les principes socialistes et où même l'idée communiste fondamentale: De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins, trouva son expression. Ensuite venait l'énumération des soi-disant réformes pratiques qui pourraient être réalisées immédiatement dans la société actuelle. Ainsi se rencontrèrent de fait deux éléments absolument hétérogènes: d'un côté les communistes purs, acceptant les «considérants», sans d'ailleurs s'occuper des «réformes pratiques» et, d'autre part, les partisans de ces réformes, lesquels, sans y attacher la moindre valeur, acceptaient aussi les «considérants», en même temps que le «programme pratique». Par suite du développement des idées, l'illogisme de cette situation se manifesta de plus en plus et, finalement, les vrais socialistes et les réformateurs se séparèrent[46].
Voilà la lutte qui se livre entre les différentes tendances dans le parti socialiste même.