Cependant il y a peut-être plus de danger pour nous dans la politique de ces hommes qui se disent tous des socialistes, peut-être même les vrais socialistes, et en acceptent l'étiquette que dans une politique qui consisterait à se montrer tels qu'ils sont, c'est-à-dire, des ennemis du socialisme, car de la première manière, ils trompent des gens simples qui pensent que le nom et le principe sont toujours chose conforme.

Et que voulait-on ainsi? Le socialisme d'État, ainsi que Constantin et les siens voulaient le christianisme religion d'État. Les deux tendances sont étatistes, c'est-à-dire prétendent faire de l'État une providence terrestre omnipotente, réglant tout: les affaires matérielles aussi bien que les affaires spirituelles.

Le développement de ces deux mouvements fut aussi le même. Les chrétiens eurent leurs conciles où les évêques venaient de partout délibérer ensemble pour établir les dogmes nécessaires au salut des croyants. Les socialistes ont leurs congrès où leurs chefs viennent de partout, pour délibérer ensemble, régler leur tactique et suivre le même chemin qui doit conduire le prolétariat au salut. Ils sont exclusivistes et intolérants, comme le furent les chrétiens, et on se tue à cause d'une seule lettre. Un exemple remarquable en va donner la preuve.

Au concile de Nicée on discutait pour savoir si le fils est semblable au père (homoousios) ou bien si le fils est identique au père (homoïousios). On avait deux sectes, les homoousioï et les homoïousioï, se dévorant entre elles pour une lettre, pour un i.

Au Congrès socialiste de Londres, on discutait la question de l'action politique. Les uns disaient: l'action politique est le salut pour les ouvriers, c'est la seule méthode pour conquérir les pouvoirs publics.

Les autres disaient: l'action politique n'est autre que l'auction politique, la corruption, l'intrigue, le moyen pour les ambitieux de monter sur le dos des ouvriers. Pensez à Tolain, à d'autres encore. Ainsi, on avait deux sectes combattant entre elles pour une seule lettre pour un u. Cette ressemblance n'est-elle pas curieuse?

Donc le même esprit d'intolérance et de sectarisme domine les deux mouvements, et c'est pour cela que tous les siècles pendant lesquels ils se sont tous développés ont passé sans exercer une favorable influence sur la marche de l'humanité, dont on pourrait presque désespérer qu'elle se puisse émanciper des préjugés.

Mais heureusement, maintenant comme auparavant, l'hérésie est le sel du monde, propre à le sauver des idées étroites et bornées, et les hérétiques sont encore les promoteurs du progrès.

À ses débuts, le christianisme fut révolutionnaire, et qui le fut plus que Jésus lui-même qui chassait les marchands et les banquiers de la synagogue et disait ne pas être venu apporter la paix, mais le glaive? Toutefois, quand le christianisme devint la religion officielle, l'esprit révolutionnaire l'abandonna.

Jadis aussi, les anciens socialistes et ceux qui sont restés tels disaient: «La prochaine révolution ne doit plus être un simple changement de gouvernement suivi de quelques améliorations de la machine gouvernementale, elle doit être la Révolution Sociale. Mais maintenant, l'esprit révolutionnaire va diminuant. Les chefs du socialisme espèrent arriver au pouvoir; dès lors ils tendent à devenir conservateurs, étant eux-mêmes l'autorité future, ils deviennent tout naturellement autoritaires.