—Vous savez dorénavant le fort et le faible de ce qu’il en est de moi, continua Simonnet d’une voix dolente. Hélas! ainsi que le dit votre chanson, Frère, il ne me reste qu’à m’en aller ou à mourir. M’en aller, mourir, tout cela c’est la même chose, car je le sens, une fois les talons tournés aux Aires, je marcherai tant que je trouverai terre sous mes pas et ne reparaîtrai plus au pays.

Il s’attendrit à ces derniers mots. Des larmes, que ses paupières gonflées ne retenaient qu’avec peine, roulèrent, rondes, brillantes, pressées, le long de ses joues. Braguibus, d’un geste rapide, décrocha son fifre du bouton où il dormait paisiblement, et sonna tout d’un coup le motif de la chanson.

Barnabé, à cet hallali, dressa l’oreille; puis, se campant debout, chanta le cinquième et dernier couplet.

«Oui, oui, fillette

Si jolie,

Mon amour n’est pas étouffé:
Quand, je serai mort, je reviendrai encore
Dans ta maison faire ténèbres,
Pour t’offrir mon cœur éteint

[Pour ceux de nos lecteurs qui entendraient le patois languedocien, un des nombreux dérivés de la vieille langue romane, nous croyons devoir reproduire ici le texte même de la chanson de Barnabé:

Digos, filletto

Tan poulidetto,

Quan portos toun rouché bantal,
Per dé qué, coumo uno paourugo
Qué d’amour crento la bélugo,
T’amaga toujours din l’oustal?