Transi d’épouvante, le gosier trop serré pour en faire jaillir un cri, je courus vers mon lit, où je m’étendis tout habillé. Je grelottais; des gouttes de sueur froide me dégouttaient du front... Seul!...

J’ignore comment et à quelle heure je m’endormis.


V

Les yeux de Juliette Combal, deux pervenches sur une tasse de lait.

Quand je m’éveillai, il faisait plein jour. Une chose m’étonna, me saisit: l’écrasant silence qui m’enveloppait. Aux branches des châtaigniers qui poussaient leurs jets verdoyants jusqu’à ma fenêtre, les oiseaux, dont le bruyant ramage m’avait été si doux les matins précédents, se taisaient. Je penchai la tête, anxieux, et ne vis pas voltiger une linotte dans la feuillée toute neuve. Qui sait? peut-être était-il bien tard. Je bondis à bas de mon lit. Alors seulement je m’aperçus que j’étais habillé, et le souvenir des scènes de la dernière nuit me traversa le cerveau.

«Qu’avait-on fait de Simonnet? Barnabé était-il revenu de Notre-Dame de Cavimont?»

Je courus à la cuisine. Personne. J’ouvris la porte de l’ermitage. Le plateau s’étendait désert devant moi. Je le parcourus dans tous les sens, espérant encore découvrir le Frère assis en quelque coin, parmi les plantes et les granits. Hélas! pas de Barnabé. Au milieu de la grande allée du verger, j’aperçus ma cage commencée et les brins d’osier traînant sur le sol.

Mon isolement m’effraya, et, tout frissonnant de malaise, je repris le chemin de la maison.