—Enfin, voilà assez de raisonnements en l’air, ajouta-t-il avec une accentuation rude, où perçait je ne sais quelle impétuosité farouche. Mon avis est qu’il faut aller trouver la Combale et lui dire tout uniment ceci:

—«Nous prenons Liette avec sa coiffe tant seulement et son jupon...»

—Comme la jeunesse a la tête au vent! s’exclama le vieux Garidel. Jamais aucun souci du lendemain.

—C’est comme ça, la jeunesse.

—Et s’il te vient des enfants après ton mariage, nigaudinos?

—Des enfants de Liette et de moi! s’écria Simonnet devenu fou soudain, complétement fou... Des enfants de Liette et de moi! répéta-t-il égaré... Ah! mon Dieu!...

Il chancela. Son père alarmé le saisit.

—Et vous croyez, dit-il, se dégageant de l’étreinte du vieux et reprenant équilibre sur ses jarrets raffermis, et vous croyez que, si le bon Dieu nous envoyait des enfants, à Liette et à moi, je ne serais pas capable de les nourrir? Mais alors, mon père, vous ne connaissez pas mon courage! Vous ne m’avez donc jamais vu aux champs? Gardez le bien que vous avez gagné, il vous appartient, je n’en veux pas, et soyez sûr, comme il existe un ciel de l’autre côté de la vie, que ma famille ne manquera jamais de pain... Des enfants à nous! Ah! ce n’est pas deux bras que j’aurai pour gagner la vie à ces anges de ma Liette, mais dix, mais vingt, mais cent. Nous verrons bien quelle terre me résistera, et si je ne parviendrai point à rassasier ma couvée...

Il s’arrêta, épuisé.