—Ah ça! crois-tu que je m’amuse beaucoup avec vous? Vous êtes là muets comme des truites de l’Orb, et vous passez tout le temps à vous regarder à l’égal de gens qui ne se seraient jamais rencontrés.

—Mais, pétiot, quand on doit se marier, il faut bien se regarder, dit Simonnet.

—Se regarder!... Et pourquoi?

Il hésita.

—Pour se voir, répondit-il... Moi, bien que je connaisse Liette, il me semble que je la vois pour la première fois de la vie. Elle est toute nouvelle pour moi. Quels jolis yeux elle a! quel front et quelles joues, plus blancs et plus roses que la fleur de nos amandiers! quelle bouche, plus rouge qu’une fraise mûre sous bois! quels cheveux!...

—Oh! pour les cheveux, interrompis-je, n’en parlons pas; Liette ferait mieux de les peigner souvent et d’y mettre de la pommade, que de les laisser ainsi flotter sur son visage. Regarde-la donc, Simonnet, elle est tout éborgnée, les mèches lui retombent jusque par-dessous le menton.

La jeune fille, en effet, se sentant rougir aux compliments enthousiastes du jeune homme, avait fait un simple mouvement de tête, et sa chevelure indomptée, se dénouant, s’était abattue comme un voile sur ses traits.

Simonnet leva une main tremblante. Il voulait écarter le nuage vaporeux qui lui cachait Liette. Celle-ci ne résista pas; je crois même que, pour faciliter l’amoureuse envie, elle se pencha vers lui légèrement.

—Et si vous vous embrassiez? leur dis-je, devinant à je ne sais quel mouvement obscur de mon cœur que j’allais leur faire plaisir.