Malgré les efforts du conquérant céleste, quelques écharpes, fuyant les coups terribles de la lumière, vagabondaient encore dans l’espace, s’accrochant aux mûriers de la Bastide, aux rochers sombres de Pétafy, à tous les obstacles d’occasion pour ne pas mourir. Mais un nouveau trait lancé d’en haut les atteignait, et, de ces gazes légères, flottantes, c’en était fait incontinent.

Que de formes charmantes, gracieuses, tout irisées, voyagèrent de la colline boisée du Cros à la colline dénudée de Canals, volant, dansant, pirouettant, laissant tomber de leurs épaules frémissantes d’amples manteaux brodés d’or, de vermillon, d’azur, étalant à leurs fronts des diadèmes criblés de pierreries éblouissantes, tenant des sceptres flamboyants comme des épées d’archanges, montrant des pieds faits de deux gouttes de soleil, et dont mon regard ne savait soutenir l’éclat!

—Que c’est beau, tout cela, Barnabé! que c’est beau! m’écriai-je transporté.

—Quoi, fillot?

—Cette reine, là-bas, assise sur un trône d’étoiles, près du village de Nissergues.

—Une reine!... Ah ça! mais quelque cigale te chante donc dans la cervelle, enfant!

—Et cette musique... Est-ce que vous n’entendez pas une musique?...

—Peut-être Braguibus chemine-t-il par là avec les Garidel ou les Combal. Ils viendront tous à Notre-Dame aujourd’hui, ils porteront des victuailles...

—Non! non! ce n’est pas le fifre de Braguibus.

Barnabé se pencha et colla son oreille droite contre le sol. Il se remit debout vivement.