—Monsieur le curé, mon excellent monsieur le curé, je vous jure, foi d’honnête homme, que je ne vous occasionnerai plus le moindre déplaisir.

Et, pour donner une idée des regrets qui lui bouleversaient l’âme, de son poing fermé il s’asséna un coup terrible sur la poitrine.

Mon oncle, touché, se pencha. A l’étonnement général, il embrassa le Frère.

—Pardonnez-lui tous, balbutia d’une voix éteinte le curé des Aires. Si vous saviez avec quel dévouement Marianne et lui me soignèrent, pendant la longue pneumonie qui m’a laissé cette affreuse toux... Ce pauvre ermite!... Tout le temps que dura la crise, le jour, la nuit, Barnabé ne déserta pas mon chevet, me souriant, m’encourageant, m’administrant tisanes et potions, ses deux yeux inquiets fixés sur moi. Et comme il était docile à la moindre parole de Marianne, comme il volait au moindre geste, ici, là, partout où on avait besoin de l’envoyer! Ah! il ne ressemble guère à Barthélemy Pigassou, ermite de Saint-Raphaël! Barnabé seul, je m’en souviens, parvenait, sans me faire souffrir, à me retourner dans mon lit, tantôt sur le côté gauche, tantôt sur le côté droit, tantôt sur le dos. Un malade est toujours exigeant. Eh bien! tous mes caprices ne purent lasser sa bonne volonté. Jusqu’au moment où il me fut permis de me lever, le Frère se montra aussi serviable, aussi empressé, aussi généreux. Et quelle joie quand il me vit debout! Je ne puis y songer encore sans me sentir ému et sans lui redire ces mots que je lui ai répétés si souvent: «Merci, mon Barnabé, merci!»

Il fut contraint de s’arrêter.

Il y eut un long moment de silence. Ma mère pleurait presque. Quant à moi, il s’en fallait que je fusse à mon aise. Je n’avais plus faim.


III