L’ermite de Saint-Michel, dont les grosses joues rebondies, du vermillon, étaient passées au jaune pâle, paraissait fort inquiet, il tremblait presque.

—Allons, frère Gratien, dit-il ne tenant plus à son intime supplice, il ne faudrait pas être méchant envers moi. Je sais que, pareillement à Braguibus, des Aires, vous avez des accointances avec le malin esprit, qu’il vous a donné de grands pouvoirs sur vos semblables. Soyez de bon compte avec un ami, et ne me faites pas de mal, pour saint François, notre fondateur.

—Comment, vous aussi, vous croyez que je suis sorcier? répondit le petit vieux haussant les épaules.

—Tout le monde, aux Cévennes, connaît que vous jetez des sorts, et que, s’ils ne s’acquittent tôt, vous livrez à l’Autre vos créanciers récalcitrants.

—Vous me baillez là un plein boisseau de sottises, Frère. Je vous en préviens, si vous n’avez mieux au bout de votre langue, il serait séant de vous taire. Je suis sorcier comme je suis usurier; c’est-à-dire que je m’entends à ces deux métiers comme je m’entends à faire tourner la roue de la lune et la roue du soleil. Je suis bon, je suis serviable, voilà pour mon caractère. A présent, si vous tenez à savoir pourquoi, cette année, négligeant la procession de Bedarieux, où j’aurais dû prendre rang avec les frères Adon Laborie et Agricol Lambertier, et ne portant nulle attention à la maladie qui me tourmente, je suis venu seul à Cavimont, à travers les chemins de traverse, apprenez que c’est pour vous...

—Pour moi?

—Posez la main sur votre conscience, frère Barnabé: n’avez-vous jamais, avec vos doigts ou des bûchettes chargées de glu, enfin avec des moyens de ruse quelconques, fait venir à vous des pièces d’argent, voire des sous, qui dormaient doucement pour le bon Dieu au fond du tronc de Saint-Michel?

—Mais, frère Gratien!... s’écria l’ermite effaré.

—Il n’y a pas de frère Gratien... Vous l’avez fait, n’est-il pas vrai?... Bon!...