—Qui?... N’avez-vous confié vos caravanes, comme vous dites, à personne?...

—A personne, frère Gratien Pastourel.

—Pas même à Venceslas Labinowski?

—Ah! le sacripant!

—Le mois d’avril a été des plus venteux, cette année, chez nous. Joignez à cela la pluie qui le plus souvent se mettait de la partie. La semaine dernière, une nuit que l’ouragan furieux hurlait autour de l’ermitage, soulevant les tuiles de mon toit et cassant quantité de branches dans les châtaigneraies environnantes, on frappa tout à coup à ma porte. Je ne dormais pas, et vous devinez qui fut surpris de sentir à pareille heure quelqu’un gratter au seuil de sa maison. Par une petite lucarne qui me sert de judas, je regardai. Les nuages marchaient dans le ciel semblablement à de grands troupeaux pressés de trouver un gîte, mais la lune brillait tout de même parmi les toisons, et je vis très distinctement le pèlerin qui venait de me tirer du lit. C’était un homme grand, maigre, vêtu plus misérablement que Job sur son fumier. Ce qui me fit trembler, c’est qu’il tenait un fusil à la main. Comme je ne soufflais mot, observant mon particulier, il recommença ses frappements.

«—Que me voulez-vous? lui criai-je enfin.

«—D’abord je veux manger, j’ai faim, me répondit une voix qui ne m’était pas inconnue.

«—Qui êtes-vous?

«—Un Frère libre de Saint-François.