—Viens, fillot, viens, me dit Barnabé à voix basse. Quand les honnêtes gens s’amusent, il ne faut pas les inquiéter... Ça me rappelle le bon temps... Au demeurant, tu verras de quoi il s’agit... Marche doucement.
Quittant le chemin gazonné du bord de l’eau, nous coupâmes à droite par les rochers.
Je me retournai. Quel spectacle! Le frère Agricol Lambertier, les deux bras enlacés à la taille de sa Victoire, dansait sur le gazon, derrière les roseaux, avec une fureur de possédé. Il courait à droite, à gauche, faisant des pas démesurés avec ses pieds pointus tant il s’efforçait de les tendre, mais retenant toujours son fardeau qu’il couvrait de baisers à l’envi. Une fois, il manqua de rouler dans le ruisseau, ayant d’un seul bond arpenté trop de terrain. Une yeuse se trouva là, et, d’une main robuste comme un crochet de fer, il se retint au tronc vigoureusement.
La mythologie m’avait souvent parlé des Nymphes, des Faunes, des Satyres, des Sylvains, sans que j’entendisse ces personnages fabuleux; désormais j’avais compris, et, rougissant jusqu’au blanc des yeux, je m’échappai vers Cavimont.
Pas plus de bruit autour de la chapelle de Notre-Dame qu’autour du sanctuaire de Sainte-Anne-la-Marieuse. Tout se taisait.
Ce silence imposant—il l’est toujours sur les sommets—me permit de discerner des paroles qu’on murmurait en l’intérieur de l’ermitage. J’y courus.
Adon Laborie et Gratien Pastourel, assis sur des escabelles, devisaient paisiblement à mi-voix. Un petit sac de grosse toile, farci d’écus, se tenait debout à la droite du frère Adon, et, devant le frère Gratien, se dressaient des piles de gros sous. Les ermites, tout en échangeant des paroles brèves, grignotaient des restes de victuailles, maigre fruit des quêtes qu’ils avaient dû pratiquer parmi les pèlerins de la Source et des rochers.
Avant que les Frères, préoccupés, se fussent retournés vers moi, Barnabé parut.
—Eh bien! demanda-t-il, frappant sur l’épaule à Laborie, combien de rondelles d’argent, cette année?