«O mes amis, quelle désolation! L’ermitage était pillé, pillé comme par des voleurs, quand ils ne laissent aux gens que les yeux pour pleurer. Les armoires, ouvertes à deux battants, ne contenaient plus de linge; les tableaux des murailles—j’en avais connu trois dans des cadres dorés représentant: le premier, Notre Seigneur donnant lui-même notre règle à saint François; le second, Notre Seigneur aux Oliviers; le troisième, la Sainte Vierge se promenant, entourée d’anges, sur le plateau de Cavimont, avec sainte Anne, sa mère,—décrochés; les missels où lisaient les curés voisins les jours de procession, emportés. Mon pied heurta sur les dalles quelque chose qui fit du bruit, c’était la clef de la chapelle.

«Pourvu qu’il ne l’ait pas dévalisée aussi, cet ennemi du bon Dieu! me dis-je.

«J’y courus.

«Ah! je pleurerais tout mon soûl, quand j’y pense. Vous savez, monsieur le curé, la couronne toute en diamants, qui valait bien au moins six mille francs, un cadeau de madame la baronne de Serviès à Notre-Dame de Cavimont, au temps où M. Courbezon était curé de Villecelle-Mourcairol, volée. Le tabernacle était entr’ouvert. J’y fourrai l’œil. Le calice d’argent, le saint-ciboire d’argent, l’ostensoir d’argent, volés. Volées aussi les croix d’honneur que des malades dévots, anciens soldats de Napoléon guéris par Notre-Dame, lui avaient baillées en reconnaissance. Volés encore tous ces cœurs en or massif qui pendaient aux gradins de l’autel, présents de personnes pieuses et pénitentes. Ce misérable Venceslas, ce Polonais enragé, n’avait oublié aux murailles de la chapelle que les béquilles des boiteux redressés par la Sainte Vierge. Au fait, il avait laissé aussi, derrière la tribune du fond, quelques bandages déposés là par ces gens qui ont des maladies au bas-ventre...»

—Barnabé! murmura mon oncle, le regardant.

—Enfin, reprit-il, se frottant les mains, je vous ai raconté de fil en aiguille le commencement et la fin du mauvais coup de Venceslas Labinowski.

—C’est vous alors qui avez prévenu la gendarmerie? lui demanda mon père.

—Je vous promets qu’une fois toutes ces abominations vues de mes yeux, je ne me suis pas amusé à ferrer des cigales sur le rocher de Cavimont. Je suis monté au galop vers la ferme de l’Olivette, où demeure le maire d’Hérépian, commune de laquelle dépend l’ermitage. M. Baticol, encore que malade d’une enflure aux jambes, était à ses étables, en train de panser ses moutons qui ont le piétin. Je lui ai baillé la chose toute fraîche. J’en ai dit autant deux heures après à M. Combal, notre maire des Aires, et ce sont eux qui, hier au soir, sont venus prévenir le brigadier de gendarmerie.

—En vérité, dit mon père, ce Venceslas me paraît un coquin des plus audacieux. Mais que va-t-il faire de tous ces objets volés?... Allons, il ne sera pas trop difficile de le prendre.