Gathon avait à peine disparu au dernier détour de l’escalier que l’ermite, s’approchant des braises encore vives accumulées sous la margelle du four, y plongea soudain son crucifix, en ayant soin de le retenir par la longue chaînette de laiton. Qu’allait-il faire, mon Dieu?...

Cependant, j’entendais les coups que la paysanne, là-haut, frappait sur l’os du jambon, pour en détacher un quartier. Ces coups répétés me portaient au cœur.—Ne me rendais-je pas complice d’un vol?—Enfin le bruit cessa, puis les pas de Gathon retentirent sur nos têtes. Elle allait redescendre sans doute...

Barnabé, vivement, retira le crucifix enfoui; mais, n’osant y porter la main de peur de se brûler, moyennant la chaînette il le coucha sur les dalles et l’essuya tant bien que mal avec son mouchoir.

La fournière parut. Elle tenait une énorme tranche de jambon. L’ermite la rejoignit dans l’ombre, au bas de l’escalier.

—A genoux, Gathon Molinier! à genoux! lui cria-t-il d’une voix sévère.

La malheureuse femme se prosterna.

—Gathon Molinier, reprit l’ermite d’un accent de plus en plus dur, nous allons savoir si Notre-Seigneur et la Sainte Vierge sont contents de l’aumône que vous leur faites.

En même temps, guidant le crucifix par la chaînette, il le lui colla sur le visage. Ce fut un cri déchirant. Je crois, du reste, que, ne pouvant la retenir, ma voix se joignit à celle de la fournière.

—Vous voyez, Gathon Molinier, poursuivit froidement l’ermite, ni Notre-Seigneur ni la Sainte Vierge ne sont satisfaits de ce que vous ne leur accordez pas le jambon tout entier. Notre-Seigneur pourtant vous donna sa vie en mourant sur la croix, et la Sainte Vierge aussi quand elle monta au ciel. Enfin, le feu des damnés vous a brûlé la face pour vous rappeler qu’il y a un enfer. Je n’y suis pour rien, c’est un miracle...