Je m’assis, les jambes ne me soutenant plus.
Mais l’ermite ne paraissait avoir aucune envie de s’attarder dans la maison. Il rejeta son sac, toujours alourdi du jambon, sur son dos, me saisit au bras d’une main rude, et souleva le loquet de la porte.
En ce moment, des voix retentirent au dehors. Avant que nous eussions tiré la porte à nous, elle s’ouvrit toute grande sous l’impulsion de cinquante bras.
—Il a tué mon homme! il a tué mon homme! se lamentait Gathon, la face égarée.
Elle désignait l’ermite à la multitude qui entrait.
Barnabé, comme un taureau donnant des cornes, essaya de donner de la tête à travers la foule des voisins, cherchant à s’échapper. Mais il n’avait pas descendu trois marches du perron que, saisi par trente mains à la fois, harcelé de griffes de la tête aux pieds, après avoir laissé aller la besace de ses épaules, il dut se rendre à merci pour ne pas être écharpé.
—Une corde! cria quelqu’un.
L’ermite, harassé, haletant, la peau déchirée, l’habit en lambeaux, encore farouche mais écrasé par le sentiment de son impuissance, s’abandonna tout entier à la corde et ne proféra ni une plainte ni un mot.
—A présent, moi, je m’en vas quérir les gendarmes, dit tranquillement un autre voisin.
Cependant, on s’empressait autour de Jacques Molinier, qu’on avait relevé et assis sur une chaise. Moi, je promenais sur tout ce monde turbulent des regards où devaient se traduire mon hébétement ensemble avec mon désespoir. Allait-on me garrotter à mon tour? Effaré, je portai les mains à mon front, tâchant sans doute d’y retenir ma pensée qui fuyait, et dans une minute me livrerait sans défense à cette foule ameutée. Mon front était un bloc de glace. Tout d’un coup, je sentis mes yeux devenir froids aussi, et, je m’en souviens encore en frissonnant, j’eus l’impression bien nette, et d’autant plus terrible, de quelqu’un qui va mourir.