—Que faut-il faire? que faut-il faire? répétait-il, la tête perdue.

—Passez-moi le couteau, lui dit Venceslas avec un calme admirable, et courez au galop prévenir le brigadier de gendarmerie. Moi, je me charge de décrocher mon confrère et de lui donner les premiers soins.

L’honnête geôlier partit comme une flèche.

Quand le bruit de ses pas eut cessé de retentir sur les marches de pierre de taille, l’ancien ermite de Cavimont, d’une voix câline, insinuante, émue, dit à la femme du sonneur:

—Brave personne, dépêchez-vous d’aller, rue de l’Espinouse, chez le médecin, car, pour sauver le pendu, il faut le saigner tout de suite, et ce n’est pas mon métier.

A peine la naïve geôlière, en imbibant son mouchoir de ses larmes, se fut-elle éloignée à son tour, que Venceslas Labinowski, rayonnant, me prit dans ses bras, m’embrassa et disparut...

Que fis-je dans la prison de Saint-Gervais, durant les éternelles minutes que j’y passai tout seul avec Barnabé, dont la face violacée, hideuse, où se lisaient les convulsions d’une horrible agonie, m’avait rempli d’un effroi à me rendre fou? Je ne saurais le dire. Je ne me souviens ni de l’arrivée des gendarmes, ni des reproches qu’ils adressèrent sans doute au geôlier, coupable d’avoir laissé s’évader Venceslas, ni des efforts qu’on dut tenter pour rappeler à la vie l’ermite de Saint-Michel. Vraisemblablement la méningite qui, dans quelques instants, allait bouleverser ma pauvre tête et me retenir plusieurs semaines dans un lit au presbytère de Saint-Gervais, m’envahissait déjà le cerveau et ne me permettait aucune perception bien distincte.

On m’a raconté depuis que, dans mon trajet du clocher à la cure de Saint-Gervais, je balbutiais à chaque pas:

—Je veux retourner chez mon oncle... Je veux retourner chez mon oncle... J’ai peur de Barnabé... J’ai peur...