—C’est drôle, continua-t-elle, qu’on ne puisse pas oublier ses jeunes ans, et, encore qu’on ait eu beaucoup de mal à gagner sa misérable vie, qu’on revienne toujours à ses souvenirs, tout comme à une fontaine quand on a soif. Le bon Dieu l’a voulu ainsi peut-être pour nous apprendre à ne jamais mettre nos parents en oubli. Mes malheureux parents, si travailleurs, si rudes! Je vais trouver, au cimetière, l’herbe qui pousse sur leurs corps; mais eux, je ne les trouverai point...

—Vous trouverez votre frère, Marianne.

—Oui, certes! et une tante aussi à Douch, et mon parrain également à Saint-Gervais. Il s’appelle Pierre Tournel, autrement dit le Borgne, parce que d’un coup de corne une chèvre lui creva un œil, étant petit. Il a quatre-vingt-cinq ans. Mais pourrai-je, en dix jours, visiter tout ce monde de la montagne?

—Moi, je serai très heureux chez Barnabé, et vous demeurerez là-haut quinze jours, si cela vous convient.

—Et penseras-tu un peu à moi, mon pétiot, bien que je chemine loin de la cure?

—Certainement, Marianne.

—Il ne faudrait pas non plus oublier ton pauvre oncle.

—Oh! Marianne!...

—Soir et matin, je réciterai une dizaine de mon chapelet à son intention.

—Je ferai comme vous, à Saint-Michel, avec Barnabé.