Je courus à la porte d’ordinaire ouverte de Barnabé. Elle était fermée. Je frappai. Pas de réponse. Qu’était devenu l’ermite? La claie à montants solides qui barrait l’écurie de Baptiste avait été ramenée dans sa rainure de pierre et y tenait fortement.

Glissant un regard à travers les intervalles de l’osier, je ne vis pas l’âne devant la crèche. Quoi, personne! Je retournai vers la chapelle: le grand portail à double battant en était clos aussi. J’étais bien seul, abandonné sur ce plateau désert.

Je frissonnai.

—Barnabé! m’écriai-je, la voix altérée par l’angoisse, Barnabé!

Rien, rien...

Je m’avançai jusqu’aux bords extrêmes de la roche de granit, explorant le pays à la ronde. Pas âme qui vive. Là-bas seulement, tout au fond, le long du ruisseau de Lavernière, à peu près à l’endroit où je m’étais trouvé mal, un troupeau de chèvres fauves et blanches buvaient au fil de l’eau. Sans doute les chèvres de M. Combal. Je distinguai le berger batifolant avec son bouc.

Le vent continuait à souffler très vif. Sur les hauteurs, il cassait les pousses menues des châtaigniers, trop tendres pour lui résister. Songez donc, nous n’étions qu’aux premiers jours d’avril!

Sentant mes genoux flageoler sous mes pensées de peur, je craignis d’être emporté par quelque rafale, et je reculai jusqu’au mur de la chapelle. Je me promenai quelques minutes, essayant de me donner le courage d’attendre, car Barnabé ne pouvait tarder à rentrer...

Ah! ce vent, il avait, à travers les ruines, des hurlements, des miaulements, des cris qui tantôt me remplissaient d’épouvante et tantôt m’eussent fait pleurer.

Pour échapper à ces bruits sinistres, je me réfugiai sous le porche de la chapelle, un porche à tympan, s’il vous plaît, représentant Jésus au milieu des Évangélistes, et à trumeau portant une statue de saint Michel qui piétine le Démon.