Quand l’âne m’aperçut, il courut à moi. Encore que je l’eusse fouaillée souvent et d’importance, elle m’aimait, la brave bête!
—Bonjour, mon Baptiston, lui dis-je de bonne humeur et lui passant la main sur les naseaux, qui se dilatèrent avec délices, bonjour!
Il s’enleva des quatre pieds et se prit à gambader follement à travers la prairie.
—Eh bien! quelle mouche t’a piqué, imbecillas? s’écria Barnabé.
Je vis le Frère. Il était accroupi à l’ombre d’un bouquet de chênes verts, lequel poussait aux marges du ruisseau formé par les eaux vives de la fontaine où je venais de me désaltérer. Avec mon cœur tout à la joie, mes jambes d’un élan s’emportèrent vers l’ermite. Mais, lorsque je comptais qu’il allait se lever pour m’embrasser ou me donner sur les épaules la tape affectueuse que j’avais reçue tant de fois, il ne bougea aucunement. Je lui souhaitai le bonjour, comme je l’avais fait à Baptiste, mais d’une voix timide, presque troublée. Il me regarda et ne répondit point.
—Bonjour, frère Barnabé, répétai-je, essayant de lui sourire.
—Tu arrives bien mal à propos, mon garçon, me dit-il.
Mes peurs me ressaisirent.
—Vous ne pouvez donc pas me garder jusqu’au retour de Marianne? lui demandai-je, tremblant.
—A cette heure, je n’ai point la tête à ça, fit-il avec un geste dépité.