—C’est que j’ai des abeilles ici. Elles me font du miel aussi jaune, aussi doux, que le miel du Narbonnais. Regarde!
Il leva la main, me désignant de belles ruches, disposées dans les fentes du rocher.
—Croyez-vous que Marianne soit arrivée à Éric maintenant? lui demandai-je, impuissant à distraire ma pensée de la pauvre vieille cheminant vers son pays natal.
—Sois tranquille, mon pétiot; à cette heure, Marianne a vu le visage de son frère et l’a embrassé.
—Ah! tant mieux! soupirai-je.
Je sentis, dans ma poitrine, mon cœur qui se dilatait délicieusement. La nuit me remplissait de terreurs intimes indicibles, et je retournais, avec un attendrissement que je m’efforçais de contenir, à tous ceux qui m’étaient chers.
Au moment où ma pensée inquiète visitait le presbytère, mon petit lit étroit dans l’alcôve où je ne coucherais pas,—où coucherais-je?—l’ermite me regarda avec bonté. J’allai à lui: j’avais besoin d’aller à quelqu’un.
—C’est peut-être ma grande cage que vous commencez là, Barnabé? lui dis-je, osant toucher les branchettes d’osier.
—Pour une vérité, voilà une vérité, enfant, répondit-il d’un ton joyeux. T’ayant un peu molesté ce matin, il faut bien que je te gâte un peu ce soir. Que veux-tu? j’étais en pointe de vin au déjeuner, ce qui ne m’était pas arrivé depuis tant et plus. Oh! moi, je ne ressemble point à Barthélemy Pigassou, de Saint-Raphaël. C’est le frontignan qui a fait le coup. Que Gathon Molinier aurait agi sagement, gardant sa bouteille et me donnant son jambon! Enfin, pour ce jambon, on verra: j’ai l’œil dessus...
Il s’interrompit, et, d’une main preste, posa les premiers rayons de la porte de ma cage.