—Et ils allaient d’un bon train, montés sur leurs chevaux. Cela se passait il y a deux ans, sur la route de Saint-Pons, du côté d’Olargues. Mais, moi qui connaissais les petits chemins aussi bien que les grands, je fis un crochet tout d’un coup, me jetai dans la montagne à travers des taillis, cachai Baptiste dans un fourré, et les gendarmes perdirent mes pas. Ah! que gentiment je m’esclafai de rire, voyant là-bas au-dessous de moi, dans la plaine, ces hommes plantés sur leurs bêtes qui cherchaient des yeux leur gibier. Enfin, tirant mon âne par la bride derrière les feuillages, je finis par échapper aux brigands. Que de peines, de sueurs, dans les rocailles de Caroux! Le soir, par exemple, j’étais rompu de fatigue, et, quand j’arrivai au Poujol, chez une brave femme qui fut toujours secourable aux pauvres Frères, je te réponds, mon pétiot, que je demandai plutôt un lit pour m’étendre qu’une table pour m’ébaudir.
—Et qu’aviez-vous donc fait?
—Rien, pardi! Est-ce qu’on a besoin de faire quelque chose au gouvernement pour qu’il tracasse le pauvre monde? Va-t’en voir si M. Combal, qui lui rend des services, puisqu’il est maire de la commune sans paye, est dispensé de fournir les écus de ses impositions. Aux riches, le gouvernement prend leur argent; aux misérables comme moi, il prend leur peau, s’ils ne savent la défendre. Il faut bien, se les étant mis sur la croûte, qu’il donne du travail à ses percepteurs et à ses gendarmes.
—Encore si les gendarmes attrapaient tous les voleurs!
—Il ne manquerait plus que ça, par exemple! Plus d’un goujon glisse à travers les mailles du filet et s’en revient nager dans la rivière, dit Barnabé joyeusement.
—Témoin, Venceslas Labinowski.
L’ermite rit aux éclats.
—Oh! pour celui-là, c’est un finaud, un Polonais de la Pologne, et s’il donne du fil à retordre à la justice, je n’en suis aucunement fâché.
—C’est vous pourtant qui le dénonçâtes à M. Etienne Baticol, maire d’Hérépian, ainsi qu’à M. Combal, maire des Aires.