Si l'on admet ce principe absurde qu'une récompense est due à un artiste parce qu'il a du talent,—comme si la vraie, la seule récompense pour un artiste n'était pas d'avoir du talent ou même du génie,—on attribuera le don de cette 3e médaille au tableau mythologique de M. Briguiboul, qui est parmi les œuvres refusées et non au tableau reçu. C'est pourtant ce dernier qui a valu à son auteur le grand honneur de 3e classe dont nous venons de parler.
Les jours de distribution de prix, les lycéens ne sont pas plus heureux et plus émus que les artistes ne le sont quand un ministre ou un maréchal leur octroye, dans une cérémonie solennelle, au nom de l'Empereur, des récompenses diverses.
Quant à moi, si j'étais guerrier, je ne combattrai que pour combattre,—parce que ce serait mon devoir,—et non pour obtenir un grade ou une croix; peintre, je ne peindrai que pour faire de beaux tableaux—et non pour être applaudi ou récompensé; travailler pour soi-même me paraît une superbe maxime que je voudrais lire en lettres d'or sur champ d'azur chez tous les artistes.
Arriver à être content de soi, à savoir, à être sûr qu'on a bien fait, est la vraie gloire, la seule durable, la seule que se transmettent les hommes de génie, frères de celui qui l'a conquise.
Quel jury, quel souverain pourraient me donner tort ou raison contre moi-même. Quoi!—il dépendrait d'un homme parvenu—ou de plusieurs—d'annihiler mon œuvre ou d'augmenter sa valeur! J'oserais me dire artiste et je n'aurais pas d'opinion! Le jugement même d'un grand homme prévaudrait contre le mien, quand je sais, quand j'ai appris, étudié, travaillé, quand j'ai vécu et fait mon œuvre! Non, mille Dieux! répondrais-je. Je suis libre, je sens, je suis convaincu, je discute et je maintiens ce que j'ai fait!
D'autre part, comment pourrait-on établir la justice et la justesse des condamnations et des récompenses en matière d'art?—Il est inutile de recommencer à démontrer l'impossibilité des censures et des jurys.
La magistrature artistique infaillible n'est pas encore éclose. Dès lors un peintre médaillé, homme consciencieux, s'appréciant à sa valeur exacte,—s'il est possible,—pourra-t-il supporter de sangfroid qu'un peintre de sa valeur ou plus fort que lui n'ait pas reçu la même faveur? Croit-on que beaucoup d'académiciens pouvaient, sans rougir, frotter de leurs habits à palmes, en passant, le paletot de Balzac?
Non, non.—Il est d'éternelles vérités toujours bonnes—et inutiles à dire,—dont on ne profite guère, soit, mais que les cérémonies, les solennités et toutes les fausses grandeurs ne renverseront pas.
Le discours de M. le maréchal Vaillant, ministre des Beaux-Arts, a ceci de particulier que, pour la première fois peut-être, on a pu entendre l'éloge officiel de l'invention, de l'originalité. Dans les phrases d'un vieux soldat, l'armée devait naturellement avoir quelques mots. Mais nous ne sommes pas de l'opinion de M. le maréchal quand il parle du jury éclairé et quand il affirme que le public est toujours empressé d'accueillir une tentative originale.
Quelques allusions aux peintres refusés se glissent dans le discours de M. de Nieuwerkerke, qui a repoussé l'excentricité avec dédain.