On voit qu'il attache je ne sais quel sens mystérieux à la vague bestialité qu'il leur prête. Étrange façon d'honorer le peuple, pour un peintre voué aux choses plébéiennes, que de le représenter sous les masques dégradés de l'abrutissement! Comme si les races champêtres n'avaient pas leur beauté et leur élégance! comme si le travail du champ frappait le laboureur de la stupidité de son bœuf!

Cette fausse école est d'ailleurs, au Salon de cette année, en plein désarroi. La facture tombe, la vulgarité reste, et le réalisme s'évanouit.»

Comme on le voit en tête de cette sortie contre le réalisme, c'est principalement à Courbet que M. de Saint-Victor s'en prend.—En effet, Courbet a eu sur la peinture actuelle une influence visible que l'Académie veut vainement combattre.—Les deux ébauches du maître-peintre, que M. de Saint-Victor a vues à l'Exposition, sont à peine des ébauches. Courbet ne les avait envoyées, avec son tableau des curés ivres, que pour former le nombre trois, puisque le jury avait décidé que les peintres pouvaient leur adresser trois tableaux.

Qui connaît un peu les peintres sait qu'ils se seraient bien gardés de manquer à ce chiffre. Quand Courbet le voudra, il fera deux excellents tableaux de ces deux susdites ébauches.

«Il est démontré aujourd'hui que le réalisme attaque la main, etc.,» dit M. de Saint-Victor.

Le tableau des curés, dont le véritable titre est: Retour d'une conférence, en ce moment à Londres, répondrait au critique qui reconnaîtrait forcément que jamais Courbet n'avait poussé plus loin «la science matérielle de la brosse et de la palette.» Quant à l'adoration du laid, je crois y avoir suffisamment répondu.

Fernand Desnoyers.

FIN.


ERRATA