—Comment qu’j’ai attrapé ça? Est-ce que j’sais moi? Un miché d’ici ou d’ailleurs... On a beau se laver après, pas? Il y a des types plus puissants les uns qu’les autres. Mais j’ai qu’trois semaines de retard; faut qu’le médecin me l’décroche... Vous comprenez, j’ai pas besoin d’gosse... Pour si qu’c’est un garçon qu’les bourgeois l’envoient à Deibler, plus tard, et si c’qu’c’est une fille qu’a soit forcée d’faire le truc comme moi.. Non, non... j’ai connu trop d’misère... Au moins lui, il n’souffrira pas.
Elle fit une pose, saliva sur son pouce et son index et arrangea une de ses frisettes en l’étirant de l’autre main. Dans le besoin de convaincre la veuve de sa bonne foi, elle ajouta:
—Moi, vous m’entendez, si c’était pas pour le môme, ça m’serait égal d’être grosse; ça m’supprimerait mes époques et m’éviterait quatre jours de chômage par mois... Et puis quand on est enceinte, on fait beaucoup plus d’argent... Il y a un tas d’cochons qui raffolent de ça...
Mais, tout à coup, elle devint gouailleuse; transposant les rôles, elle interrogea dans un rire de verre cassé.
—Non, mais dites donc, pourquoi qu’vous êtes ici? A votre âge on peut rigoler sans danger.
La Truphot dut exposer impudemment qu’elle, une rentière philanthrope, dans un désir admirable de soulager la détresse des pauvres, subventionnait de son propre argent le docteur Marinot. En somme elle était quelque chose d’assez semblable à une dame patronesse de son œuvre.
—Ben vrai... v’la qu’est chouette... si toutes les bourgeoises en faisaient autant, y aurait bientôt plus d’exploités, approuva la fille.
Et, comme la porte s’était ouverte, comme la prostituée se levait pour succéder à la femme de l’homme d’équipe, Madame Truphot se hâta de disparaître pour n’avoir pas à placer ce boniment au médecin sublime. Il serait toujours temps de le lui servir une autre fois—quitte à se tirer quelque maigre somme pour la propagande—si elle n’avait pas d’autre expédient pour expliquer alors sa présence insolite dans l’antichambre malthusienne.