—Laissez le donc, il est toujours sentimental comme ça... il paraît très sérieux à la surface et il se moque au fond des choses les plus saintes; il blasphème la mort et ne respecte même pas l’amour, conclut la Truphot froissée dans ses délicatesses.
Médéric Boutorgne comprit qu’il venait de brandir une gaffe de plusieurs décamètres. Un froid intérieur racornit ses viscères. Diable! il semblait mal en cour près de la veuve, depuis l’intrusion des deux autres! On avait dû le desservir sans doute. Il voulut en avoir le cœur net. Dix pas plus loin comme on allait arriver enfin à la salle Velpeau il poussa dans l’angle d’une fenêtre Sarigue qui marchait le dernier.
—Vous aviez donc besoin d’argent que vous êtes venu à Suresnes?
—Oui, mon petit, répondit cyniquement l’autre, il me faut 2.000 francs pour éteindre une dette... une vieille dette qui pourrait indisposer ma future belle-mère.
—Vous les aurez, je m’en charge, mais pourquoi le comte cuisine-t-il Madame Truphot, lui aussi.
—Ah! ça, c’est votre affaire, mais je vous conseille de vous méfier, il a un titre à placer vous comprenez... dame! son blason pourrait bien concurrencer votre littérature.
Médéric Boutorgne rougeoya d’une pourpre de colère, ce qui était peut-être sans précédent dans sa vie. Il exhaussa son maigre torse ampoulé, leva le poing, et hors de lui, dédaignant le langage choisi, il devint nature, s’exprima comme aurait pu le faire un de ses confrères de la périphérie.
—Gare à lui... gare à lui... s’il s’avise jamais de marcher dans mon boulot...