La Truphot et ses compagnons avaient manqué l’amorce de l’olynthienne, mais il en restait encore de quoi satisfaire bien des gens.

Présentement, l’outlaw fulgurait et fracassait comme un tonnerre éperdu, ramassant son public épeuré, malgré tout, d’un bras véhément qui semblait échappé à la camisole de force, et il jetait d’effarants blasphèmes qui éclataient telles des fougasses, tels des coups de mine.

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...Il est vraisemblable qu’à un instant précis de la fuite du Temps à travers les âges, et dans la nuit d’un désert, les ancestrales femelles, dont vous êtes issus, se sont accouplées à des chacals, afin de vous fournir l’âme toute de sordide bassesse que nous vous connaissons...

Il est à présumer aussi que, grâce à votre besoin de vous reproduire et de proliférer, la planète va voir s’accroître trop rapidement le lot de putréfiences dont la véhiculation, concurremment avec celle des gens de cœur, lui est assignée; et qu’elle s’arrêtera un jour, immobile et éperdue dans l’espace, se refusant à translater plus longtemps un tel surcroît d’immondices autour de son centre solaire...

Car vous êtes les borborytes et les bousiers des plus pestilentiels cloaques, et la prospérité de votre fourmillement vermiculaire est l’indice des immédiates décadences...

Vous ignorez la justice, le désintéressement et la générosité, toutes ces menues étoiles qui trouent la nuit de l’âme humaine et l’autorisent encore à croire qu’elle ne s’est pas introduite indûment dans l’harmonie du monde, et qu’elle n’est pas la parfaite saleté destinée à polluer un ordre de choses jusqu’à elle admirable...

Vous tous qui m’écoutez, bourgeois, artistes, intellectuels, entretenus, écrivassiers ou imbéciles de tout poil ou de tout lustre, vous n’êtes que des eunuques, des tueurs de faibles, des Surhumains de l’abjection, des égorgeurs de vaincus, et votre aplatissement devant le Puissant n’est comparable qu’à l’allure rampante du lombric, quand cet intéressant annélide conjecture tout proche le talon implacable qui va lui faire épandre, par écrasement, les sales viscosités dont son corps est empli...

La plupart d’entre vous se réclament de la qualité d’écrivains et, pour satisfaire la fringale de beauté qui torture, à n’en pas douter, les masses contemporaines, ils ouvrent toute grande la braguette de leur âme, puis éjaculent la gravelle et l’albumine de leurs concepts: c’est ainsi qu’on vous doit des livres! Quelquefois, aussi, comme énonciateurs d’Idéal, vous prenez l’Époque à la cravate pour l’entraîner avec vous dans le pourrissoir d’équarrisseur où achèvent de se désagréger les charognes phosphoreuses qui doivent, dites-vous, remplacer les chevaux du fils de Clymène et traîner sur le monde, jusqu’au plus prochain Eridan, le flamboyant Soleil de Vérité et d’Amour que vous êtes occupés à attiser...

Tous, d’ailleurs, avec ponctualité et sans lassitude, vous attentez à la langue française, cette seule et dernière Idole qui nous reste à étreindre dans la déroute de tout. Et il faut avouer que c’est un insondable problème pour la raison humaine de comprendre comment il se peut faire que les mots, ces choses adorables où frémissent et chantent les âmes confondues de quatre races, ne voient pas immédiatement s’abolir tout leur sens au seul contact de vos sordides plumes!