Durant cette année 1869, nous sommes au fait des tourments que lui infligea la maladie. Au mois d'août, ses souffrances s'aggravaient. En septembre il donna son dernier article. Il mourut le mois suivant.
En tenant compte de ces remarques, une hypothèse aussitôt se présentait. Les quatre premiers tomes de l'édition complète de Baudelaire étant datés de 1869, peut-être avaient-ils paru, sur la fin de l'année, quand Sainte-Beuve touchait à ses suprêmes moments. Des lors, comment reprocher à un agonisant le silence le plus pardonnable?
Si pénible que fût une enquête de ce genre funèbre, j'ai voulu en avoir le cœur net. J'ai consulté la Bibliographie de la France aux années 1868 et 1869. Et voici le résultat:
Dès la fin de 1868, nous le savons par ses écrits, Sainte-Beuve connaît à fond les Fleurs du Mal et les Poèmes en prose. Les Curiosités esthétiques, renfermant les salons et critiques d'art, paraissent en décembre 1868. L'Art romantique, contenant les études de mœurs et les critiques littéraires, paraît en février 1869.
De fin février à septembre, Sainte-Beuve disposait donc de six grands mois, de vingt-quatre Lundis, pour parler de Baudelaire. Durant ces six mois, il continua à se taire. De ces vingt-quatre feuilletons pas un seul ne fut accordé à Baudelaire.
Il me semble que cette fois la cause est entendue.
APPENDICE
LES SENTIMENTS DE BAUDELAIRE POUR SAINTE-BEUVE
Au cours de l'étude qui précède, on a pu constater l'inaltérable attachement de Baudelaire pour Sainte-Beuve malgré les constantes défections du critique à son égard.