Loulou Sonnier, du coup, renonça à tout espoir, cessa instinctivement de faire fond sur la progéniture de Lahonce, revint à s'informer de la liaison de Warner, en amie désintéressée et simplement curieuse.
—Mais toi? fit-elle par opposition. Toi, tu es contente?... Lahonce m'a l'air d'un homme charmant, n'est-ce pas?
—Heu! fit en souriant Warner. Charmant?... Charmant? Il ne faudrait pas exagérer... C'est un bon garçon, pas rat, pas exigeant, bien élevé, propre... Pourtant il n'est pas tout neuf, tu sais!... Et pour l'esprit, il y en a de plus amusants tout de même!... Mais quoi! je ne me plains pas!...
—Évidemment, si tu avais à te plaindre, ça n'aurait pas tellement duré! approuva Loulou.
Et elle ajouta d'un ton de sympathie finaude:
—C'est que je te connais, moi!
Warner riposta orgueilleusement:
—Oui, ça commence à durer! Depuis 86!... De 86 à 94!... Huit ans bientôt! C'est un chiffre, cela!
Tout au loin, à l'extrémité du large tapis brun de l'allée cavalière, Loulou Sonnier suivait du regard la silhouette diminuante de Charlie Lahonce, ses longues jambes beiges, balancées en mesure, emportées au galop fantastique d'un petit animal indistinct, invisible.
—Ce qu'il file! Ce qu'il file! s'écria-t-elle en l'indiquant d'une moue du menton.