Charlie nouait les rênes de Jim à la rampe du perron. Il laissa le nœud à demi achevé en voyant Favierres paraître au haut des marches.

Le musicien était en costume du matin, en costume de jardinage, une vareuse d'étoffe jaune, un pantalon de toile grise, un chapeau mou de feutre noir; et avec sa moustache brun-roux que des poils blancs teintaient par endroits de teintes rosâtres, ses joues toutes striées de sang aux pommettes et ses cheveux touffus dont le feutre noir faisait briller plus encore l'éclat argenté, il avait l'air d'une sorte de capitaine en retraite, d'un brave militaire solide, fringant encore, mais retiré aux champs et oublieux du monde.

Charlie se précipita au-devant de lui et prit tendrement ses mains. Bien que Favierres fût plutôt de grande taille, il le dominait un peu, de près.

Le maître dit avec un sourire paternel:

—Te voilà, petit!... Je t'attendais... C'est très bien d'être venu!...

Charlie questionna:

—On s'embrasse, Fav?

—Mais pardi!...

Ils s'étreignirent en une accolade masculine, les bras autour du buste, s'effleurant vivement les deux joues d'un preste baiser amical.

—Et vous êtes content? interrogea Charlie.