Il accueillit donc froidement, en homme mal disposé, la nouvelle de la visite de Favierres.

—Oui, je l'ai rencontré tout à l'heure, racontait Hélène d'une voix qui se dépêchait, bousculait ces phrases dangereuses, tranchantes pour elle, comme des coutelas... Il m'a dit qu'il dînait chez les Jehandy, à cause de ces chœurs que Mme de Jehandy veut faire chanter chez elle. Alors, je lui ai demandé s'il voulait, en sortant, venir prendre une tasse de thé à la maison... Et il a accepté...

Charlie eut un semblant de toux involontaire, Pierre demeurait sans répondre; puis, tournant sa cuillère dans son café, le regard baissé, il riposta ironiquement:

—Et sa femme?... Est-ce qu'elle viendra aussi sa femme?... En voilà une qui en a une touche! Je l'ai aperçue hier devant le Printemps... Ah! on n'a pas idée de se fagoter comme cela!...

Mme Lahonce répliqua avec calme:

—Non, il dîne seul... Sa femme ne viendra pas...

—Bien, bien, fit Lahonce négligemment.

Et il se mit à boire son café brûlant, par petites gorgées.

Il n'était pas, au fond, hostile à Favierres. Quoique d'un caractère emporté, orgueilleux, il n'avait pour le musicien qu'un peu de dédain,—ce dédain spontané que ressentent les gens du monde pour ceux qui n'en sont pas,—ce dédain mêlé de prudence que leur inspirent les artistes, c'est-à-dire des individus dont l'origine est fumeuse, incertaine, et de la part desquels une faute d'éducation, une tentative d'emprunt, une indélicatesse quelconque n'étonnerait pas outre mesure.

Lahonce, d'ailleurs, était plutôt flatté de la préférence que témoignait pour sa maison ce Favierres recherché, invité, demandé dans tant d'autres salons.