—A demain matin, au Bois, on vous verra, j'espère?

—Oui, oui, peut-être... peut-être, très probablement! répliqua le jeune Lahonce.


Dans l'appartement meublé de la rue de Miromesnil, qu'il avait loué deux mois auparavant, au commencement de sa liaison avec Mme de Fleur, Charlie, en arrivant, trouva son amie déjà occupée à préparer le thé qu'ils prenaient d'habitude ensemble.

C'était une petite femme châtaine, svelte à la fois et grasse, la taille fine et ronde, enserrée dans une blouse à tons éteints et multicolores, les hanches saillantes et sensuelles sous l'étui collant d'une jupe de tissu soyeux et gaufré, qui s'évasait, du bas, en souple pyramide. Ses cheveux relevés sur le front laissaient échapper quelques mèches bouclées et molles; et avec ses yeux gris aux paupières bridées, son nez retroussé, ses lèvres au franc relevis bien rouge, elle gardait une avenante figure d'enfant, de bonne petite fille joueuse, malgré deux ans de mariage, quatre ans de vie mondaine, et tout ce que lui avaient enseigné, pendant ce laps, les grivoiseries des flirts, les fantaisies conjugales et son aventure dernière avec Charlie Lahonce.

En le voyant entrer, elle s'élança au-devant de lui et, les bras autour de son cou, après deux gros baisers sonores, deux gros baisers de nourrice, de sœur plutôt que d'amante, elle s'écria:

—Tu sais, tu sais... Ecoute... Une bien drôle!... Les chevaux de mon mari, Bruce et Tom, les deux alezans primés hier à l'Hippique, sais-tu qui les a achetés?... Ton père!... Et sais-tu pour qui?... Pour Warner!...

—Oui, je savais! fit en souriant Charlie.

—Comment! tu savais?... Oh! raconte, raconte!...

Il riposta, le regard allumé: